Démotivé au travail ? Vérifiez si vous êtes en bore-out

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  • 30 Mai 2021
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Le bore-out (qui vient du verbe anglais to bore, s'ennuyer) est le syndrome de l'ennui au travail. Et si environ 10% des Français souffrent de burn-out (ce sentiment de fatigue intense produit par la dégradation du rapport d'une personne à son travail), ils sont plus de 30%, estime Christian Bourion, l'un de nos interlocuteurs dans ce dossier, à être concernés par le bore-out, avec en perspective le même épuisement général, la même destruction de la personnalité et, en fin de compte, le même état dépressif. Plusieurs signes avant-coureurs peuvent annoncer un bore-out. En voici 10.

Un sentiment durable d'ennui

"Il ne faut pas confondre un sentiment d'ennui temporaire ou une simple baisse de régime avec le bore-out", prévient Emmanuel Fort, fondateur de breasy.fr et coach en management. "Le premier critère pour reconnaître un syndrome de bore-out va être la permanence de ce sentiment, sa durée dans le temps. Une semaine d'ennui après une réorganisation par exemple, ce n'est pas du bore-out. En revanche, si cet ennui dure depuis plusieurs mois et vous affecte profondément, on peut alors parler de bore-out."

 

La déformation de l'image de soi

Pour Christian Bourion, docteur ès sciences économiques, spécialiste de la gestion du travail et auteur du "Bore-out syndrom" (Editions Albin Michel), "le cerveau d'un individu produit une image de lui-même. Et lorsque son cerveau détecte un écart négatif important par rapport à l'image qu'il se faisait de lui, entre l'image enregistrée et l'image reçue, il émet des signaux de détresse". Le bore-out est selon lui une véritable "pandémie" qui s'est d'abord attaquée aux services publics avant de s'infiltrer dans le privé.

 

Un sentiment de honte

"Dans le burn-out, on ressent de la honte à ne pas être à la hauteur de ce que l'entreprise nous demande, analyse Emmanuel Fort. Dans le bore-out, la honte vient de l'image négative que l'on a de soi-même, de son insignifiance : être payé à ne rien faire ou faire des tâches inutiles et inintéressantes." "Volontaire ou involontaire, toute mise au placard laisse le champ libre au doute de soi, à une façon négative de s'interroger sur soi-même : "'Qu'est-ce que je fous là ?'", rajoute Christian Bourion.

 

Idées noires, crises de panique, colère…

"Lorsque le salarié en bore-out éprouve ce sentiment de honte, explique Sabine Grégoire, fondatrice de Sirius RH, psychologue du travail et coach professionnelle, il va se sentir très dévalorisé et estimer qu'il ne "vaut pas grand-chose". Toute notion de plaisir ou d'envie disparaît et cela peut déboucher sur des pleurs, des idées noires et parfois une très forte anxiété, avec des crises d'angoisse ou de panique. Il pourra aussi ressentir de la colère et donc afficher des comportements agressifs."

 

La perte de sens de son travail

"Un des symptômes les plus fréquents est la démotivation, explique Emmanuel Fort. Le salarié se demande s'il contribue toujours à la bonne marche de l'entreprise. Il continue d'accomplir des tâches mais se rend compte que les faire ou ne pas les faire ne change pas grand-chose. Au bout du compte, son travail va perdre tout son sens et il se sentira parfaitement démotivé. "Un individu est principalement valorisé par ce qu'il fait, rajoute Christian Bourion et il souffre s'il n'a rien à faire."

 

Le syndrome du survivant

Le syndrome du survivant est ressenti par des personnes ayant échappé à une catastrophe ou une expérience traumatisante : elles estiment ne pas mériter une telle chance. "C'est le cas des salariés qui n'ont rien à faire, écrit Christian Bourion : s'ils estiment qu'ils ont de la chance d'avoir échappé au chômage ou au burn-out, ils finissent par se sentir coupables d'éprouver de la souffrance alors qu'ils ont la chance de "bénéficier" d'une situation aussi avantageuse."

 

Un isolement au sein de l'entreprise

"Un des premiers signes avant-coureurs du bore-out est de caractère social, explique Sabine Grégoire : la personne va s'isoler lentement, se couper de ses collègues, partager moins de déjeuners avec eux, moins fréquenter la machine à café, qui est un haut-lieu de discussion ou délaisser les apéro-visio ou les groupes WhatsApp en ces temps de pandémie, pour finir par éviter toute relation sociale, en estimant qu'elle n'a rien d'intéressant à dire."

 

Une fatigue de tous les instants

"Un salarié qui a peu de travail va paradoxalement se sentir très fatigué, analyse Emmanuel Fort, car il est exclu de la dynamique induite par les challenges ou les défis. Il va se sentir de plus en plus démobilisé et, au bout du compte, épuisé. Car c'est très fatigant de ne rien faire ! La sensation d'être inutile, de rentrer chaque soir à la maison avec le sentiment de n'avoir rien fait de positif, va déboucher sur des sentiments de tristesse, une déprime quotidienne voire une dépression."

 

Des changements physiques

"Une personne en bore-out peut avoir des comportements alimentaires extrêmes, prévient Sabine Grégoire : elle va compenser l'ennui par des grignotages et donc prendre du poids ou, au contraire, en perdre, n'ayant plus d'appétit. Les journées peu remplies impactent le sommeil et induisent de la fatigue. Elle peut aussi souffrir à la longue de troubles musculo-squelettiques ou de mal au dos et de manifestations somatiques comme des éruptions cutanées ou de l'eczéma, voire de l'hypertension ou de l'hypotension."

 

Des troubles du comportement

"Les conséquences du bore-out peuvent être graves, avertit Sabine Grégoire et la personne peut souffrir d'addictions aux psychotropes ou aux anxiolytiques, voire à l'alcool. Le désinvestissement peut affecter tous les domaines sa vie : arrêt d'activités sportives ou artistiques, désintérêt envers son hygiène corporelle, libido fortement impactée, comportements agressifs envers soi ou les autres, jusqu'à des atteintes cognitives comme des pertes de mémoire ou des troubles d'attention."

 

https://www.journaldunet.com/management/efficacite-personnelle/1500265-demotive-au-travail-verifiez-si-vous-etes-en-bore-out/